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RANDONNEE 3M EN CORSE DU 3 AU 10 JUIN 2002

Un Recit écrit par Jean-François
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Deux conseils :

1) Ne manquez pas le repas dans la clairière, on s'y croirait

2) imprimez la totalité du texte et lisez-le à tête reposée vous en apprécierez encore plus la saveur

 

Lundi 03 juin 2002

Les sacs prêts n'attendant plus que nos affaires de toilette, nous nous levons à 4h, pour rejoindre le siège social de 3M, d'où nous partons en car. Vers 7h, nous sommes à Orly où le temps est gris. A bord de l'Airbus, nous découvrons sur notre gauche le Cap Corse, l'avion fait une large boucle au-dessus de la mer et nous atterrissons sur l'aéroport de Bastia. Il fait beau et chaud.
Dans le hall de l'aéroport nous sommes accueillis par Allain, Chantal et son mari, Jean-Marc, et les personnes qui sont en Corse depuis quelques jours.

Le temps de prendre les bagages, et chacun rejoint le groupe avec lequel il va randonner. Il y a deux groupes pour le Mare a Mare Sud, deux groupes pour le Mare a Mare Nord dans le sens est-ouest, un groupe pour le Mare a Mare Nord dans le sens ouest-est, et un groupe " montagne " qui contrairement aux cinq autres groupes randonnera avec portage du sac à dos complet.

Nous mettons nos bagages dans la remorque du petit bus bleu et le groupe se découvre. Sept personnes sont en Corse depuis quelques jours : Jean-Marc, Cécile et Jean-Jacques son mari, Elda et sa sœur Joconde, tous les quatre venant d'Agen (ce qui aura une certaine importance samedi prochain, jour de la finale de rugby Agen-Biarritz), Hélène de Lyon et Sylvie (pour qui j'ai perdu mon âme en la perdant) de Paris. Arrivant d'Orly, Pascal de Pithiviers, Annick et Jacky, Alain, Christine et Jean-François.

Le responsable de l'organisation, Luis, présente à chacun des groupes le guide qui l'accompagnera. Pour notre groupe, le Mare a Mare Nord sens ouest-est, notre accompagnateur est Laurent, un jeune corse dont la première activité est l'entretien de châtaigniers, la fabrication et la commercialisation de farine de châtaigne, l'accompagnement de groupes pendant l'été étant sa deuxième activité.

Les quatorze sont installés dans le car et nous quittons l'aéroport pour rejoindre sur un carrefour giratoire la N193, la route qui va du sud au nord de la plaine orientale. Première bonne surprise, les Corses ont un comportement civique au volant : alors que la route est bouchée vers Bastia, les conducteurs venant de notre gauche sont arrêtés et ne s'engagent pas sur le carrefour afin de ne pas le bloquer, ce qui nous permet de nous engager vers le sud sans attendre.

Nous nous arrêtons à Casamozza pour faire le plein - moteur en marche - et prendre des médicaments. Puis la nationale pénètre dans la montagne, en suivant le Golo. La montagne est couverte d'arbres bien verts.
A Ponte Nuovu, sur le pilier isolé d'un pont effondré lors de la dernière guerre, est planté depuis le 9 mai un drapeau corse, peut-être en mémoire de Pasquale Paoli, né à proximité ; peut-être pour rappeler cette formule " la Corse, toujours conquise, jamais soumise " : en 1755, alors que la Corse était sous domination gênoise, Pasquale Paoli fut proclamé général en chef de la nation corse ; en 1768, le traité de Versailles transférait la souveraineté sur l'île de Gênes à la couronne française ; c'est à Ponte Nuovu qu'eut lieu le 8 mai 1769 la bataille entre corses et français mettant fin à cette tentative d'indépendance de la Corse (1755-1769). Et puisque nous parlons d'histoire, on dit également que Christophe Colomb, qui était Gênois, aurait pu naître à Calvi.

Devant nous se dressent les Aiguilles de Popolasca. Nous atteignons Ponte Leccia, où Laurent, notre guide demande un arrêt pour visiter sa tante qui tient la pharmacie et qui lui fournit la trousse qui pourra nous servir, en cas de besoin, pour les premiers soins.

Depuis que nous sommes dans la vallée du Golo, nous suivons le même itinéraire que le train qui va d'Ajaccio à Bastia, et que l'on surnomme ici le TGV : Train à Grandes Vibrations.

Un peu plus loin, sur notre gauche, nous croisons la route qui conduit à San Lorenzo, où habite notre guide Laurent que l'on peut donc appeler également Lorenzo ou Lorenzu. C'est là qu'il produit la farine de châtaigne, destinée à l'origine à fabriquer la pulenda, qui servait de pain, car la montagne corse n'est pas propice à la culture des céréales. Pour fabriquer la pâte, on mélangeait un demi-litre d'eau à un kilogramme de farine.

A Francardo, nous prenons à droite la D84. Nous passons dans un joli défilé appelé Scala di Santa Regina : les Escaliers de la Vierge.
En bordure de la route, nous nous arrêtons pour notre premier pique-nique à la fontaine Notre-Dame du Niolo (Niolo pour noir, car la forêt de châtaigniers donne une couleur sombre à la montagne) ; c'est une fontaine où sont déposés des souvenirs et des fleurs en dévotion à la Vierge, et où il est agréable de faire une halte, ne fût-ce que pour remplir les gourdes avec une bonne eau de la montagne.
Pour ceux qui viennent d'arriver en Corse, c'est la découverte de l'excellente charcuterie et des très bons fromages corses.

Après un bon pique-nique, certains souhaitent un café et nous nous arrêtons à la station service - bar - restaurant " Acquaviva " de Calaccucia.
Le plateau est couvert d'anthylis jaune, sorte de petit ajonc.

Nous repartons et découvrons les premiers cochons en liberté que nous rencontrerons régulièrement pendant nos randonnées et nos transferts ; ils vivent en liberté mais reviennent là où leur éleveur dépose régulièrement des friandises comme par exemple des grains de maïs.
Nous sommes maintenant dans la forêt domaniale de Valdo Nielo où l'on trouve les Pana Riggi, une espèce de pin endémique.
Nous passons au col de Viergiu (Viergio), puis nous traversons la forêt d'Aitone avant d'arriver et de déposer nos bagages à notre premier gîte, l'hôtel " Scopa Rossa ", à Evisa.

C'est le milieu de l'après-midi et nous partons pour une première découverte de la montagne Corse à pied. Nous traversons Evisa, puis descendons un sentier (balisé orange) vers le sud . Autour d'un vieux spécimen qui doit avoir 300 ans (1 mètre de circonférence pour 100 ans), Laurent nous donne des premières explications sur le châtaignier et sa culture.
Nous découvrons plusieurs végétaux typiques du maquis : l'arbousier, la bruyère (Scopa Rossa), la fougère (a filetta), le chêne vert. Nous franchissons un pont suspendu, puis sautons au-dessus d'un ruisseau, pour remonter au hameau abandonné de Tassu. Il y a une grande chapelle et trois grandes maisons. Le sol de la chapelle est recouvert de grands carreaux alternés rouges et blancs, et au-dessus de l'autel de la chapelle, une jolie Vierge peinte est protégée par une vitre. La maison la plus haute permet de voir une cave à fromages et, sous le toit, un séchoir à châtaignes.
De retour à l'hôtel, nous dînons de charcuterie, de poulet et de polenta, accompagnés de vins dont un bon rosé : le Gentile Patrimonio. Un savoureux mélange pour terminer le repas : le fromage fort et les cerises douces.

Mardi 04 juin 2002

Après un bon petit déjeuner, nous retraversons le village d'Evisa en suivant la départementale jusqu'au cimetière. Comme nous le reverrons régulièrement au cours de la semaine, les monuments funéraires des familles corses sont souvent de véritables petites maisons avec un toit en tuiles.
Nous nous engageons alors sur le sentier des gorges de Spelunca, où le paysage est merveilleux. Nous ferons deux arrêts pour remplir nos gourdes à la source, puis une pose auprès d'un vieux pont gênois (XIIème siècle) à l'ombre des arbres. Là, Jean-Jacques, qui est chasseur et qui connaît bien la nature, appelle un geai qui, au bout de quelques minutes viendra auprès de lui.
Nous croisons la départementale 124, pour reprendre le sentier jusqu'à un deuxième pont gênois, encore plus beau que le premier, et qui a conservé son parapet. Une centaine de mètres plus en aval, nous nous arrêtons pour le pique-nique au bord du Porto : melon, salade mexicaine, et fromage. L'eau est fraîche mais, par ordre d'entrée dans l'eau, Annick, Alain, Jean-Marc, Pascal, Hélène, Cécile, Joconde, Sylvie et Jean-François se baigneront.
Nous nous rapprochons du village d'Ota, et nous voyons de grands filets verts sous les arbres : ils sont destinés à recevoir les olives. Dans les jardins privés d'Ota, des citronniers et des mandariniers. " Chez Felix ", chacun choisit une boisson ; ce sera ma première " Pietra ", bière corse très bonne.

Nous montons dans un bus ; technique corse pour fermer la porte du bus : démarrage, puis coup de frein brutal ; c'est efficace et amusant, sauf si on a une déchirure musculaire à l'épaule…
Transfert d'Ota à Porto où nous avons un bon temps libre ; nous sommes nombreux à aller à la plage de galets et à nous baigner dans la mer qui est plus chaude que le Porto. Christine et moi retrouvons Alain pour déguster de bonnes glaces.
Nous retournons à Evisa dans trois voitures pour arriver au gîte " Chez Justine ". Au menu : soupe, purée, veau à la sauce Corse, chèvre, salade de fruits et chanson, car c'est là que Laurent nous apprend le grand succès de la semaine :

BELOU ZI GUIZON

A la fontana,
Tchi zo le zidelle,
E la piu bella,
Mi vole abratcha

Belou zi belou zi guizon belou zi guizon
Mio bella
Belou zi belou zi guizon belou zi guizon
Mio amore

Fala per uno, Fala per sei, U rossignolu,
Per due, per tre, Per sette, per ottu, Chi sta i u lendo,
Beni sta zera Ai u fongutu, Sempre pensendu,
Per bala con me Per scapa con me A lu zo primu amore


Mercredi 05 juin 2002

Après un bon petit déjeuner, tandis qu'un merle chante, nous aidons à charger nos sacs dans une berline 505. Jacky, s'étant fait une déchirure à l'épaule la veille du départ en Corse, préfère rejoindre le but de l'étape avec nos bagages. Nous rejoignons Alain qui nous avait devancé pour poster des cartes postales, et quittons Evisa, sous un ciel gris, en direction de l'est, en empruntant un sentier de découverte de la culture de la châtaigne, avec de place en place des panneaux donnant d'intéressantes informations. Par exemple, nous aurons l'occasion de voir un chjostru, séchoir à châtaignes construit en pierres dans les vergers de châtaigniers. La différence entre les châtaignes et le marron de châtaignier vient de ce qu'il n'y a qu'une graine dans le cas du marron, et plusieurs dans le cas des châtaignes. Pour obtenir des marrons il faut greffer les châtaigniers ; " greffer avec quoi ? " me direz-vous, eh bien je ne sais pas.
A la sortie d'Evisa, nous voyons des cochons dans les vergers ; le poil de cochon serait l'un des ingrédients utilisés dans la formule du " Nutella ". Le sentier " aux châtaigniers " aboutit à la départementale 84 que nous longeons sur quelques mètres avant d'emprunter le sentier qui conduit aux cascades et aux piscines naturelles d'Aitone, où nous chantons à un couple de personnes du Nord de la France en vacances, notre nouveau succès : " Belou zi guizon ", ce qui permet au soleil de percer les nuages.
Nous passons une passerelle suspendue sur l'Aitone, puis rejoignons un chemin franchissant le torrent au pont de Castericca, et nous nous arrêtons au pied du pont pour pique-niquer sur une grande dalle naturelle en pente au bord de l'Aitone, mais personne ne se baigne : l'eau est vraiment fraîche.
Nous repartons par un large chemin plat, avant d'emprunter un sentier qui va grimper et où nous croisons nos premiers cochons, sans qu'aucun obstacle ne nous sépare d'eux ; après un peu de méfiance au début, nous aurons vite l'habitude de les côtoyer car ils sont nombreux à cet endroit.
Finalement ce sentier nous conduit au col de Viergio, où passe la départementale 84, et où nous étions passés en bus lundi. C'est le plus haut col routier de Corse (1467 m), et l'on y trouve une grande statue du Christ-Roi avec les mots " TENITEVI CARO - Comme je vous ai aimés, aimez-vous aussi les uns les autres ".
Avec le soleil retrouvé, nous descendons jusqu'à l'hôtel-refuge " Castel de Vergio ", où il y a beaucoup de monde car le GR20 passe là. Il n'y a pas que les randonneurs sur la route : il y a aussi les vaches, elles aussi en liberté, comme les cochons.
Après une sieste réparatrice pour la plupart, Jean-Marc nous offre l'apéritif : tomate (pastis avec du sirop de grenadine) ou mauresque (pastis avec du sirop d'orgeat).
Le soir notre table au restaurant panoramique donne sur un magnifique paysage de montagne éclairé par le soleil couchant. Excellente soupe de légumes. Jean-Jacques reçoit un carton jaune (je n'ai pas noté pourquoi).
Pendant le repas, nous recevons la visite de Luis, le responsable de l'organisation corse, et nous lui chantons notre succès : " Belou zi guizon ".
Nous noterons les paroles d'un deuxième puis d'un troisième chant :


CATENA

Fiye dia lu do fradellu Se no tiremu tutti inseme Se no tiremu tutti inseme
Li strindie una catena Forse ch'un giorni shapera Forse ch'un giorni shapera
A listessa che a to ia Da fan'u frombu frombu frombu Da fan'u frombu frombu frombu
A noï tutti tchi mèna Qui ribombi d'a mare' la Cumu cantu di libertad


Nous n'apprendrons pas ce chant, car nous préfèrerons nous initier au chant polyphonique à trois voix (Laurent en seconde, Jean-Marc en basse, et Jean-François en tierce) :

IMPRESTAMI LE DO
Yalinucca nera (tierce)
Imprestami le do Ale la moi Yalinucca nera (seconde)
Ale la moi Yalinucca nera (basse)


A la fin du repas, Jean-Marc découpe la nappe en papier sur laquelle sont notées les paroles, et range le morceau de papier dans sa poche sèche.

Jeudi 06 juin 2002

Après un bon petit déjeuner, nous partons sur le GR20 pour atteindre le lac de Nino. Au bout d'une demi-heure, Jean-Jacques s'aperçoit qu'il a perdu son portable ; nous nous arrêtons et il rebrousse chemin pour revenir après trente minutes avec son portable que des randonneurs avaient trouvé. Cet arrêt vaut à Jean-Jacques un deuxième carton jaune. Nous entamons la montée mais arrivés au col San Petru (Saint Pierre), le premier orage éclate. Nous nous abritons sous les arbres en contrebas du col. Il pleut fort et il fait froid. Pour entretenir le moral, Annick raconte quelques histoires avant d'être relayée par Hélène qui entame l'histoire de la mouche posée sur un nénuphar, la grenouille, le brochet, le pêcheur, l'ours,…mais nous ne connaîtrons pas la fin, tout au moins pas à ce moment-là, car nous redescendons pour nous bouger un peu et rejoindre le GR20, l'orage s'étant éloigné et la pluie est moins forte. Continuer ou redescendre ? Finalement les quatre d'Agen et Jean-Marc préfèrent continuer ; Laurent ira avec eux et les huit autres resteront groupés pour revenir au col de Vergio.

Ce sera une journée pas facile pour les six qui subiront deux autres orages, la pluie, le froid, mais qui y arriveront, verront le lac, et rejoindront une bergerie où ils trouveront un groupe, qui a fait un feu bienvenu ; après quelques échanges ce groupe se révèlera être un groupe 3M, celui d'Allain Delaforge.

Pendant ce temps, les huit ont fait demi-tour. En chemin, Alain nous fait découvrir une salamandre. De retour à l'hôtel du col de Vergio, où nous arrivons pour l'heure du déjeuner, nous choisissons de prendre le menu proposé par l'hôtel, plutôt que de prendre notre pique-nique.
Et nous apprenons la fin de l'histoire d'Hélène avec le chasseur, l'oiseau (qui n'a vu que la mouche), et la chatte.
Nous ne pouvons regarder à la télévision le match de Coupe du Monde France-Uruguay car les conditions météorologiques empêchent la réception.

Du fait du très mauvais temps de cette journée, l'organisation est modifiée mais tout se déroulera parfaitement. Le groupe d'Allain, qui aurait du croiser notre groupe vers le lac Nino avant de rejoindre à pied le col de Vergio par le GR20 si le temps avait été moins exécrable, redescend de la bergerie à la maison forestière de Popaja sur la D84, et prend le bus pour l'hôtel " Castel de Vergio ", où nous attendons.
Les 2 groupes se saluent rapidement, car il faut charger nos bagages dans la remorque, et retrouver les six qui sont restés abrités dans la bergerie avant de rejoindre la route. Excellente coordination car ils arrivent exactement au même moment que le bus où les huit ont pris place, tandis que la pluie ralentit.
Le groupe est reconstitué, les six racontent leur aventure, et tout finit par un " Belou zi guizon ".

Il y a encore le mauvais temps sur les sommets derrière nous, mais au fur et à mesure que nous descendons, le temps s'éclaircit. Le bus rejoint la N193 que nous prenons en direction du sud, pour prendre à gauche la petite D41 qui conduit à Sermano. Notre gîte " Ü San Fiurenzu " domine le village. Confort moderne et superbe paysage ; la neige est tombée sur les sommets hier.
Les chaussures des six et les livres de Laurent sont trempés . Le séchoir électrique de Cécile va servir pour les chaussures, et nous mettons une feuille de papier hygiénique entre chaque page des livres de Laurent pour empêcher le papier glacé de coller.
Jean-Marc nous offre l'apéritif, tandis qu'arrivent deux personnes qui vont dîner en même temps que nous : ce sont les deux personnes que nous avions rencontrées la veille aux piscines naturelles d'Aitone, et nous leur rechantons " Belou zi guizon ". Quand ils quitteront la salle, ils nous chanteront un couplet du P'tit Quinquin.

Vendredi 07 juin 2002

Après un bon petit déjeuner, sous le soleil qui nous accompagnera toute la journée, nous quittons le gîte, en y laissant Jacky car l'étape d'aujourd'hui sera la plus longue. Nous partons sur la D41 vers l'ouest, et, après une centaine de mètres, du virage à gauche au-dessus du gîte d'où nous saluons Jacky et le propriétaire, Laurent aperçoit ses chaussettes qu'il avait laissées sécher sur le toit. Laurent réussit à se faire comprendre, notre hôte récupère les chaussettes, et Jacky se charge de les emmener.
Encore quelques dizaines de mètres et nous nous engageons sur un sentier en direction du nord. Nous sommes entourés de chants d'oiseaux différents. Nous atteignons un petit oratoire et nous ôtons nos vestes car il commence à faire chaud. Rapidement il y a de moins en moins d'arbres, le chant des oiseaux s'adoucit, la pente se fait moins raide, et nous sommes sur un sol de pierres, d'herbes odorantes, de serpolet et de thym citronné. Nous dépassons un troupeau de moutons qui apprécie également la variété du tissu végétal. Joconde découvre une couleuvre. Nous descendons jusqu'à la chapelle Saint-Antoine, à proximité de laquelle se trouvent deux aires de battage, datant de l'époque où l'on faisait pousser le blé, avec de très faibles rendements. Tous les ans une fête en l'honneur du Saint a lieu ici.
C'est là que nous rejoint Antoine, un ami de Laurent. Nous descendons sur le chemin, au bord duquel nous rencontrons quelques cochons. Le chemin croise la D15 au col de St-Antoine, où notre nouveau compagnon se charge du grand sac à dos bien rempli qu'il y avait laissé.

La route franchie nous retrouvons un paysage d'arbres, essentiellement des châtaigniers au milieu desquels vivent des dizaines si ce n'est des centaines de cochons. En pleine nature, ils sont propres et se déplacent en petits groupes d'une dizaine. Sur le chemin, nous faisons une pause. Nous saluons un 4x4 qui nous dépasse ; quelques instants après, par groupes, des cochons nous rejoignent ; du fait de notre présence de chaque côté du chemin, ils hésitent à avancer, jusqu'à ce que le plus audacieux se décide à passer et les autres suivent, tandis que les moins audacieux d'entre nous rangent leurs vivres et font un pas en arrière. Nous repartons, toujours au milieu des cochons, qui quelques dizaines de mètres plus haut empruntent un passage leur permettant de couper un lacet du chemin. Un peu plus haut, nous retrouverons le 4x4, le fermier et les cochons sur une aire de nourrissage aménagée où le fermier a jeté du maïs en l'étalant soigneusement afin que chaque cochon ait sa part, même s'il y en a toujours qui trouvent l'occasion de grogner et de pousser l'autre.

Nous arrivons à un abreuvoir d'où nous découvrons la Mer Tyrrhénienne, et entre elle et nous un paysage de maquis. Au bord du chemin de nombreuses fleurs et plantes comme l'asphodèle et l'hellébore.

Plus loin, nous entrons dans une forêt de hêtres car la zone est plus humide et plus fraîche.
Près d'une source ou d'une fontaine, une petite clairière. C'est là que nous nous arrêtons pour vivre un fabuleux repas. Nous n'aurons pas besoin des salades que nous avons dans nos sacs.

Antoine sort de son sac d'abord une grande poêle et une grande casserole. Jean-Marc organise la fabrication de broches en forme de fourche à l'aide du bois de hêtre tandis que Laurent allume le feu. Antoine sort alors de son sac des bouteilles d'apéritif fabriqué par Laurent : écorces d'oranges amères (la partie orange -le zeste- sans le blanc) macérées dans l'eau-de-vie pendant un an, puis ajout de vin rosé et de sucre pour faire tomber le degré d'alcool à 18°. C'est très bon.
Puis Antoine sort les saucisses de ficatelli à base de foie, fabriquées par un cousin d'Antoine (les ficatelli se fabriquent de novembre à mars). Nous les embrochons sur les fourches que nous avons préparées et nous commençons à les cuire en veillant à ce que les flammes ne viennent pas les griller ; quand le jus commence à couler, Jean-Marc vient presser la saucisse entre deux tranches de pain et la mie absorbe le jus. L'opération se répète plusieurs fois par broche et de plus en plus souvent. Au bout de quinze à vingt minutes les saucisses sont cuites et nous les dégustons avec le pain imbibé du jus.
Après le fromage, Antoine sort du sac de la farine de châtaigne et prépare dans la grande casserole une pâte à beignets, simplement avec de l'eau. De l'huile dans la grande poêle, une louche de pâte et voilà des beignets ronds, les pisticcini, qui crépitent dans l'huile. La farine de châtaigne est naturellement sucrée et c'est merveilleusement bon.
Enfin pour terminer ce merveilleux festin, un café filtré à l'aide d'un sac à jambon et puisé à la louche selon un astucieux procédé.
C'est un moment inoubliable.

Après une petite sieste, nous nous remettons en route. Nous découvrons, toujours dans la hêtraie, une ancienne carrière à meules de moulin : les meules étaient taillée directement dans la roche, et l'on voit ici la trace laissée par une meule terminée, là une meule inachevée, plus loin une meule brisée.
Nous sortons de la forêt pour arriver à un petit col où est érigée une croix de bois. Du col nous voyons la mer, et en-dessous, comme son nom l'indique le village de Piedicroche (Au pied de la croix). Plus loin, nous arrivons à la pittoresque " Republica Libera di Callerucciu " ; à l'entrée est indiqué " Cavalli Armi è Munizioni è ", ce qu'il faut interpréter par " attachez vos chevaux et déposez vos armes et vos munitions avant d'entrer " ; " Vi ringraziemu " ; nous entrons et saluons l'unique habitant, probablement un ancien militaire.
Plus loin, au Piancu a u Pratu (le Plan du Pratu), nous apercevons une île que nous pensons être Monte Cristo.
Nous poursuivons en direction du Monte San Petrone, le plus haut sommet de la Corse schisteuse :
1767 m : altitude du Monte San Petrone
1768 : rattachement de la Corse à la France
1769 : naissance de Napoléon

A un carrefour de sentiers, nous laissons sur notre droite celui qui monte au sommet pour pénétrer dans la forêt et descendre jusqu'à un chemin où nous disons au revoir et merci à Antoine qui part à gauche vers le sud et San Lorenzo, tandis que nous prenons la direction du nord pour atteindre le col de Pratu et l'hôtel " Le San Pedrone ", où nous attend Jacky.
L'hôtel est tenu par antiquaire qui a aménagé un petit musée ; la salle à manger est elle aussi un véritable musée, avec un mobilier et des objets intéressants ainsi que des vielles cartes de la Corse de différentes époques.
Notre hôte est bavard, nous lui chantons " Belou zi guizon ", et il nous raconte des histoires.

Samedi 08 juin 2002

Après un bon petit déjeuner, le ciel, qui était bleu quand nous avons ouvert les volets, se couvre et la pluie commence avant que nous ayons fini de charger les bagages dans la remorque du bus qui va nous emmener à Santa Reparata-di-Moriani, pas bien loin à vol d'oiseau, mais loin par la route.
De l'hôtel, nous partons vers l'est, et après quelques centaines de mètres, nous prenons à gauche en épingle et descendons jusqu'au village de Quercitello, où il est impossible au bus de virer avec la remorque. Qu'importe ! comme nous étions en train de parler voiles avec Jean-Marc, nous allons virer " au guindeau " : sur la petite place à côté de l'église, Laurent et le chauffeur décrochent la remorque ; le bus fait demi-tour, Laurent raccroche la remorque, et nous repartons dans l'épingle ainsi franchie.
Nous passons devant la belle église baroque de La Porta avec son clocher séparé comme souvent on les trouve en Italie.
Nous sommes dans la Castagniccia, le pays de la châtaigne. A ce propos, le mot castagnette vient de l'espagnol castañeta, diminutif de castaña, châtaigne, par comparaison de forme. Par contre le verbe " corser " n'a pas de relation directe avec " Corse ", mais avec " corps " : corsé, qui a du corps.
Après avoir rejoint la N198 sur la plaine orientale, nous faisons un arrêt d'un quart d'heure à Moriani. Nous remontons ensuite jusqu'au gîte de Luna Piena (Pleine lune) à Santa Reparata-di-Moriana. Nous pique-niquons dans le gîte. La pluie cessant, nous descendons un sentier, au milieu des cochons, jusqu'à une source d'eau ferrugineuse que nous goûtons. La pluie retombant, un petit groupe remonte au gîte tandis que la plupart (Jean-Jacques, Cécile, Elda, Pascal, Hélène, Sylvie et Laurent) font une boucle en remontant sur les sommets vers le sud et en revenant par le village de Santa Reparata.
Le soir au dîner, chansons. Jean-Jacques et Cécile nous quittent au dessert, car Jean-Jacques s'est fait invité par une famille corse qui va regarder la finale de rugby Agen-Biarritz. Ils seront très bien accueillis.

Dimanche 9 juin 2002

Après un bon petit déjeuner, avec le soleil, nous chargeons les bagages et repartons en bus jusqu'à la N198, pour tourner à gauche et rejoindre le village de Loretu-di-Casinca. Nous nous réfugions dans un café en attendant la fin de la pluie. Nous partons alors vers le nord, jusqu'à un promontoire au-dessus du Golo, puis nous revenons vers Loreto car la pluie est forte. Heureusement, elle va s'arrêter, et nous pourrons sécher nos capes avant d'arriver au village.
Laurent et Jean-Marc accueillent un frère de Laurent et des cousins. Nous descendons les petites rues pittoresques jusqu'au restaurant " U Rataghju ", le séchoir (à châtaignes, bien sûr !), qui est agréablement décoré, où nous sommes bien accueillis, où nous mangeons bien.
Laurent, son frère et ses cousins vont nous offrir un concert de chants polyphoniques de toute beauté.
Luis, l'organisateur, nous rejoint avec sa femme et ses deux petites filles qui vont nous jouer une histoire en corse et nous interpréter quelques chansons.

Nous sortons du restaurant sous le soleil et rejoignons la place où Hélène joue au hula-hoop avec les filles de Luis. Nous allons visiter une charcuterie, toujours sur la place. Nous achetons de la farine de châtaigne à Laurent. Les plus grands garçons du village jouent au football, tandis que les plus petits jouent près du " trou " au pied de l'hôtel de ville ou sur un vieux véhicule militaire garé sous un platane. Il y a de l'activité car c'est le premier tour des élections législatives, le soleil est revenu et c'est l'heure des promenades dominicales.

En fin d'après-midi, nous prenons un bus. Nous nous arrêtons chez un éleveur de chèvres et producteur de fromages. Du point où nous nous sommes arrêtés, nous voyons trois îles : Capraia, l'île d'Elbe et Monte Cristo.
Arrêt à Crocetta, puis nous disons au revoir à Laurent qui récupère sa voiture à l'aéroport.
Nous passons devant l'ancienne cathédrale de la Canonica, et rejoignons l'hôtel " Le Lido ", route de la Marana.
Apéritif des îles ; dîner avec crudités, moules et frites, salades de fruits.

Lundi 10 juin 2002

Après un bon petit déjeuner, au bord de la piscine, chacun fait ce qu'il veut. Alain est parti visiter Bastia. Christine et moi allons à pied jusqu'aux fouilles romaines de Mariana qui sont à côté de la cathédrale romane de la Canonica. Je cours jusqu'à l'aéroport acheter le journal. Nous revenons en stop, car il faut libérer les chambres à midi . Nous sommes pris par un éleveur de vaches, de chèvres et de moutons qui habite à côté de notre hôtel.
Je fais la course avec Sylvie dans la piscine (elle gagne).
Les quatre agenais mangent au restaurant et le reste du groupe va pique-niquer sur la plage. La mer n'est pas très chaude, mais Annick va nager tandis que Sylvie et Hélène se baignent. Puis nous retournons faire la sieste autour de la piscine de l'hôtel où nous retrouvons les agenais. Dernière Pietra avant de prendre la car qui nous ramène à l'aéroport où nous retrouvons les autres groupes 3M.
Sylvie et Hélène parviennent à remplacer leurs billets pour Marseille par un vol pour Lyon où elles se rendent. Nous les saluons d'un " Belou zi guizon ".
Les amis d'Agen prennent leur avion pour Toulouse.
Juste avant d'embarquer, Laurent vient nous dire au revoir et c'est le dernier " Belou zi guizon ", avant l'envol.

La dernière vision de la Corse est le Cap Corse sous le soleil. Au revoir la Corse.
Nous voyons bien le Mont-Blanc et son massif.
Il fait gris à Orly.

JFM

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